A l'heure où l'éducation à la sexualité et à la vie...

A l’heure où l’éducation à la sexualité et à la vie est remaniée, au moment où l’homosexualité et l’homophobie deviennent des sujets de société dans les médias, à l’instant où le monde éducatif entre timidement dans ces questions, cette conversation souhaite ouvrir un nouvel espace de dialogue dans les familles et les enseignements, bousculer à sa manière les préjugés, la frilosité, et l’ignorance. Gays, lesbiennes, bisexuels, hétérosexuels : tout cela est juste une question d’amour, tout simplement. Conversons-en.

Libé : Contre l'homophobie à l'école

Contre l'homophobie à l'école, Un cortège du Snes défilera dans la Marche. Par Marie-Anne SORBA, Libération du samedi 29 juin 2002 «L'homosexualité reste un sujet tabou sur lequel l'école ne doit plus se taire.» Françoise Dumont, du Snes. «Il y a des gouines à la cantine !», clamaient hier soir les étudiants de «Moules-Frites», fédération d'associations de jeunes gays et lesbiennes, devant le ministère de l'Education nationale, à la veille de la «Marche des fiertés lesbiennes, gaies, bi et trans». Un préambule au mot d'ordre du Snes (Syndicat national des enseignements du second degré) ce samedi : «Construire une école sans homophobie.» Pour la première fois, le syndicat majoritaire du secondaire envoie «un vrai cortège» à l'ex-Gay Pride. Professeurs, conseillers d'orientation ou surveillants réunis en «groupe de lutte contre toutes les formes d'homophobie», ils défileront dans le secteur droits et libertés de la manifestation. «Nous n'avons rien d'une coterie homosexuelle du Snes, indique Philippe Castel, le coordinateur du groupe qui fête aujourd'hui son premier mois d'existence officielle. Il s'agit de lutter contre l'homophobie dont peuvent être victimes le personnel de l'Education nationale et les élèves.» Insulte. Avec cette initiative, l'Education nationale rejoint la petite dizaine de professions dans laquelle se sont créés des groupements ou associations homosexuels : employés d'EDF-GDF («Energay»), d'Air France («Personne'Ailes») ou même policiers («Flag»). Mais à l'école, le contexte est peut-être plus délicat que partout ailleurs. Pour les personnels comme pour les élèves. Françoise Dumont, secrétaire générale du Snes, relève que «l'homosexualité reste un sujet tabou sur lequel l'école ne doit plus se taire. Il faut tout faire pour que des jeunes en difficulté vis-à-vis de leur sexualité ne se sentent plus mal dans leur peau.» Le taux de suicide, deuxième cause de mortalité chez les 12-25 ans, est cinq à six fois supérieur chez les jeunes homosexuels que chez les hétéros. D'autant plus que dans les cours de récréation, l'insulte homophobe est reine. Jean-Louis Touton est conseiller principal d'éducation au lycée Denis-Diderot à Marseille : «J'ai quelques élèves homosexuels et, dans cette ville, ce n'est pas évident pour eux.» Ce CPE sait de quoi il parle : l'un des professeurs de seconde l'avait fustigé en conseil de classe après l'avoir aperçu main dans la main dans la rue avec un garçon. Car, côté enseignants, la discrétion reste la règle. «Je n'en parle pas avec mes collègues en salle des profs, explique un jeune professeur de lettres de banlieue parisienne. Je crains des a priori négatifs de leur part. Comme l'Education nationale nous demande de ne faire ni prosélytisme, ni déballage de notre vie privée, je m'en tiens à cela.» Bruno, 36 ans, est instituteur à Marseille : «Ma vie personnelle reste en dehors de l'école, même si je sais qu'à force de dire que je n'ai pas de copine, mes collègues finiront par se douter de quelque chose. Je redoute le jour où je serai obligé de le dire clairement à l'école.» La principale raison de leur silence, c'est le risque d'amalgame dans l'esprit des parents entre homosexualité et pédophilie. Le climat des dernières années ne facilite rien. Les Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) sont les premiers à mettre les futurs profs en garde contre toute attitude qui pourrait prêter à confusion. Mieux vaut se taire, surtout dans les petites classes. A l'université, les choses semblent plus simples, même si le Centre national des universités, chargé de la validation des thèses, met des bâtons administratifs dans les roues des étudiants travaillant sur un sujet touchant à l'homosexualité. Discrimination. «L'école, c'est comme un moule à gaufre : c'est là que les personnalités et les préjugés se forment», explique Philippe Clauzard, spécialiste en sciences de l'éducation, auteur d'un ouvrage sur le sujet (1). «On dote les élèves d'un bagage contre le racisme. Pourquoi pas contre l'homophobie, qui est discriminatoire au même titre ?» «L'école n'a jamais été neutre en matière de sexualité, contrairement à ce que laisse entendre le discours laïque, explique de son côté Louis-George Tin, enseignant-chercheur à la fondation Thiers. L'un des arguments avancés au départ pour justifier la mixité, c'était justement la phobie de la promiscuité entre garçons. Rien à voir avec le désir d'intégrer les filles !». (1) Philippe Clauzard, Conversations sur l'homo (phobie). L'éducation comme rempart contre l'exclusion, L'Harmattan, 2002.

Dites-moi, que se passe t-il donc ? C’est Martin, il arrête pas de parler des homosexuels...

- Ah ! Dites-moi, que se passe t-il donc ? - Mais, maîtresse, c’est Martin, il arrête pas de parler des homosexuels... Mademoiselle Druche pâlit de nouveau, comme l’autre jour, il y avait déjà bien longtemps. Cependant, les vacances d’été commençant dans trois jours, plus téméraire, elle interrogea à la cantonade : -Et alors, qu’est-ce qu’on en dit ? - Que c’est de sales histoires de grands, répondit Sandrine... - Ah bon ! Et c’est tout ? logo ARTICLE 23- Si, il va nous contaminer, ajouta Arnaud. - Et puis c’est pas normal, clama Henri. Je me tassais au fond de mon siège, fixant ma trousse. J’aurais aimé pouvoir m’y glisser et me cacher. Mais Mademoiselle Druche fut divine. Que lui arrivait-il donc ? Elle parla au début un peu rapidement, puis plus calmement. - Ecoutez bien les enfants, ce mot « homosexuel » figure dans le dictionnaire à la lettre « H ». Ensuite, il y a des gens comme cela... euh... c’est-à-dire qu’il y a des personnes qui aiment bien être avec des personnes du même sexe, qui éprouvent de l’affection, des sentiments, disons, de l’amour pour des personnes qui sont aussi comme elles, homme ou femme... logo ARTICLE 23 - M’dame, demanda Sandrine, il y a aussi des femmes homosexuelles, alors ? - Bien sûr. - J’y crois pas. C’est pas possible, les femmes, elles font des enfants... - Ouais, ajouta Zoé, maman m’a dit, les femmes ont tous les droits, comme les hommes ; mais elles n’ont pas le droit de faire l’amour entre elles. Mademoiselle Druche fut stupéfaite et muette, l’espace d’un instant. - Vous êtes surpris... mais cela existe. Il y a des hommes qui aiment des femmes, des hommes qui aiment des hommes, des femmes qui aiment des femmes... Des ricanements logo ARTICLE 23jaillirent du fond de la classe. Mademoiselle Druche s’arrêta un moment. Elle réfléchissait. Son index remontait la pente de son nez droit. Elle ajouta : - Oui, et puis il y a des hommes qui aiment les femmes et les hommes, il y a des femmes qui aiment les femmes et les hommes. On les appelle les bisexuels. À côté vous avez donc les homosexuels. Et ceux qui vont avec une personne de sexe différent s’appellent des hétérosexuels. Connaissez-vous ce dernier mot ? Recherchez-les dans vos dictionnaires. Mademoiselle Druche écrivit en grosses lettres rondes les mots de vocabulaire qu’elle venait d’annoncer pendant que nous les cherchions dans nos petits dictionnaires respectifs. Les enfants furent très étonnés de leur découverte, de trouver dans leur dictionnaire tous ces mots. Martin lâcha : logo ARTICLE 23 - C’est compliqué tout ça... Magali s’écria : - Tiens, il y a aussi le mot « sexy », « sexe »... tous ces mots sont dans le dictionnaire. Ils sont pas interdits, m’dame ? - Pourquoi le seraient-ils ? Ils ne sont pas non plus familiers ou vulgaires... ce sont des mots communs... vous vous souvenez de notre leçon... - Mais est-ce qu’ils sont normaux ces homos ? - Les hommes et les femmes homosexuels, vous savez, sont des gens comme vous et moi. Ils ne vont pas vous contaminer. Peut-être pensez-vous au sida... eh bien, le sida est une maladie qui concerne tout le monde : les hétérosexuels, les homosexuels, et les bisexuels... Et puis, croyez-vous que c’est anormal d’aimer ? Vous aussi, vous aimez... des gens, des logo ARTICLE 23choses, des moments... - Papa m’a dit qu’ils s’attaquaient aux enfants... - C’est vrai, il y a des gens qui abusent des enfants, veulent faire avec eux des choses interdites. Mais ce ne sont pas des homosexuels. On les appelle communément dans les journaux : des pédophiles. Ce sont d’eux que vous devez vous méfier et savoir dire non quand ils vous font une caresse que vous ne voulez pas... - Mais M’tesse, comment on sait qu’on veut pas ? - Ben, tu le sens au fond de toi, il y a une petite voix intérieure qui te dit : je ne veux pas que cette personne me caresse, me fasse un baiser ou autre chose... Il faut pas t’inquiéter, logo ARTICLE 23tu sauras toujours ce que tu veux ou non... - Mais ces gens-là sont plus forts que les enfants, déclara Arnaud. - C’est vrai, mais la Loi te protège Arnaud, tu te souviens de la leçon d’éducation civique sur les Droits de l’Enfant... - La loi ? Mais, c’est juste des mots, déclara Sandrine. Si Arnaud a vraiment besoin d’aide... - Eh ben, il y a tous les autres adultes, les parents et même un numéro de téléphone gratuit. Je l’apporterai demain. Je l’ai à la maison... Fabien ajouta : - Maman dit que les homos, c’est quand même pas normal, qu’il ne faut pas se faire influencer... logo ARTICLE 23 - Crois-tu, répondit la maîtresse, qu’on peut influencer les personnes comme cela. Un homosexuel, c’est par exemple un garçon qui aime bien embrasser un autre garçon ou bien être souvent en sa compagnie. Nul ne peut forcer quiconque à aimer cela. On n’est pas homosexuel pour faire comme son voisin, parce qu’on te demande de l’être. Mais parce qu’on l’est. - Et ça s’attrape pas ? - Non. Ce n’est pas une maladie. C’est simplement être différent. Crois-tu qu’être gaucher, avoir les yeux bleus, ou être roux avec plein de taches de rousseur sur la peau, c’est une maladie, que ça peut s’attraper ? La classe était complètement silencieuse. L’éloquence de Mademoiselle Druche nous avait rarement autant captivés. J’étais très fier de ma maîtresse d’école.

Et moi qu’est-ce que je peux faire dans ma classe?

On mobilisera pour les enfants la notion de famille parce qu’ils associent la plupart du temps les questions d’amour à leurs parents et à leur famille. Concernant les adolescents, on mettra en avant la notion de couple sur laquelle s’appuieront les questions de sexualité. Comme activité d’éveil et réflexion pour les enfants, nous proposons un éventail de pistes pédagogiques qui pourront être étoffées par les enseignants imaginatifs qui auront à cœur de se documenter au préalable sur la vie quotidienne des personnes homosexuelles. La Saint Valentin, la Lesbian & Gay Pride, le carnaval gay de Sydney, la journée du Coming-out, la journée mondiale du Sida... sont des moments opportuns pour présenter aux enfants l’existence d’amours plurielles : hétérosexuelles, bisexuelles et homosexuelles. Certains enfants peuvent être concernés. Ils ont un grand frère gay ou une grande sœur lesbienne, un cousin homosexuel, des voisins qui vivent en couple homosexuel ou bien des parents gays ou lesbiennes... Soyez confiant en votre propre créativité et aux échanges d’idées et de démarches pédagogiques au sein de l’équipe éducative de votre école. Il est préférable de vous inscrire dans un projet d’ensemble. Un projet d’école que chaque enseignant porte et devra défendre devant les parents d’élèves, les parents élus au conseil d’école auxquels il conviendra de présenter et justifier la démarche éducative dont l’objectif général est humaniste et solidaire d’une politique d’anti-discriminations et d’anti-marginalisations des personnes humaines quelles que soient leurs différences d'orientation amoureuse. Il conviendra peut-être de faire preuve de pédagogie auprès des parents, toutefois la question de l'homosexualité n’est plus un sujet aussi « tabou » que jadis. Toutefois, cela fait encore largement débat...

Communication sur l'ouvrage...


Animation pédagogique sur l'homophobie et l'orientation sexuelle et amoureuse...


Guide RESPEL pour combattre l'homophobie avec des armes pédagogiques
Brochure du SIS: l'homphobie, savoir et réagir
Bande dessinée de la commission européenne "MOI RACISTE?"




Site de ressources éducatives : EDURESPECT.com